Le Figaro : Réseaux de soins: les opticiens voient rouge Espace presse


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Réseaux de soins: les opticiens voient rouge

Ils se plaignent de la dérive des négociations tarifaires liées à la réforme du 100 % santé, prévue pour janvier.

 
Ils se plaignent de la dérive des négociations tarifaires liées à la réforme du 100 % santé, prévue pour janvier. La tension monte dans l’optique. Le secteur se prépare avec inquiétude à l’entrée en vigueur, le 1er janvier prochain, de la réforme du 100 % santé et ses grilles tarifaires instaurant un reste à charge zéro pour les patients[1]. Ce cadre législatif impose aux réseaux de soins, qui gèrent les dépenses de santé (optique, audioprothèses, dentaire) pour le compte des assureurs, mutuelles et complémentaires santé, de renouveler leurs appels d’offres. Chaque réseau négocie prix et services, à la fois avec les fabricants de verres et de montures et les opticiens qui les distribuent. Si les discussions avec les fabricants ont été conclues avant l’été, celles avec les opticiens ont démarré à la rentrée. Il reste quelques jours aux réseaux pour les boucler. Or, le climat s’est durci ces dernières semaines. Les opticiens sont montés au créneau. Leur principal syndicat professionnel, le ROF, dénonce les conditions imposées par plusieurs réseaux.
 
Maîtrise des dépenses 
 
«Ils nous privent de plus en plus de notre liberté de conseil en nous imposant leur choix de montures et de verres», peste André Balbi, président du ROF, qui dénonce un système «opaque. C’est au détriment du choix des consommateurs. Les critères de sélection, notamment en matière d’équipement, sont discriminatoires.» «Nous sommes très inquiets de la situation qui risque de nous transformer en opticiens “low-cost”», renchérit Stéphanie Dangre, à la tête d’All, la centrale d’achat des indépendants. En signe de protestation, Afflelou a appelé ses succursalistes à boycotter l’appel d’offres du réseau de soins Itelis, en raison de «conditions financières dégradées». «Nous ne retrouvons pas, dans leurs propositions, un esprit de partenariat», déclare Didier Pascual, PDG d’Afflelou, qui déplore l’ouverture d’Itelis à un plus grand nombre d’opticiens. Cela fait une quinzaine d’années que les réseaux de soins jouent ce rôle de chefs d’orchestre. Ils sont cinq (Kalixia, Santéclair, Itelis, Carte Blanche, Sévéane) à se partager le marché, couvrant 45 millions d’assurés. Tous ont pour actionnaires des compagnies d’assurances et mutuelles (Axa pour Itelis, Swiss Life pour Carte Blanche…). Santéclair, qui compte 10,5 millions d’assurés, est ainsi payé par ses clients 3 euros hors taxes par an et par personne. » 
 
 
En garantissant des prix bas, les réseaux assurent à leurs clients assureurs et mutuelles une maîtrise des dépenses, et aux assurés un standard de qualité et de traçabilité et un reste à charge limité. En contrepartie de prix négociés, ils promettent aux opticiens un trafic supplémentaire. «Nous regrettons cette campagne de boycott, répond Marianne Binst, directrice générale de Santéclair. Il est certain que notre cahier des charges ne peut convenir au modèle économique de tous les opticiens. Mais demander aux opticiens d’être équipé de matériel moderne nous semble rassurant pour les clients, de même que valoriser la formation continue des opticiens ou le fait d’évaluer la satisfaction clients.» «La réforme du 100 % santé, qui fragilise les opticiens, crée sans doute un climat de suspicion», estime Jean-Marc Boisrond, président d’Itelis. «Les réseaux ont peut-être poussé le bouchon un peu loin sur les baisses de prix», ajoute ce professionnel. 
 
Plainte à la CNIL 
 
Preuve de la tension qui règne: inquiets du flou juridique dans lequel se fait le transfert des données de santé des assurés aux réseaux de soins, le ROF a saisi la Cnil. Pour certains observateurs, la levée de boucliers des opticiens s’explique en fait par la transparence plus grande exigée. «Imposer des fournisseurs ou des produits aux enseignes d’optique met à mal les marges confortables qu’elles se faisaient jusque-là avec leurs fabricants», confie un expert. Le contexte a aussi évolué pour les réseaux de soins, également sous tension. «Avec l’entrée en vigueur du 100 % santé, les réseaux perdent une partie de leur raison d’être et ils auront plus de mal à se différencier», estime un opticien. La concurrence entre compagnies d’assurances s’est aussi renforcée. La consolidation du secteur a repris. Kalixia, nouveau leader, est ainsi né l’an passé de l’union de Kalivia (Malakoff Médéric, Union Harmonie Mutuelles) et Optistya (MGEN). Cela ne va pas contribuer à apaiser les tensions…

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